Quand novembre écourte les balades sur les falaises, on apprécie les soirées cocooning au Clos Delamare. Et si on consacrait un peu de temps à la lecture au fond du canapé, un bon plaid sur les genoux ? Mais que lire ? On peut se laisser tenter par une curiosité qu’on ne trouvera guère ailleurs qu’ici, à la Clozette : deux nouvelles d’Alphonse Karr, le « découvreur » d’Étretat.
Alphonse Karr
Avant Maupassant ou Maurice Leblanc, oui, à Etretat, il y eut Alphonse Karr. Ce romancier est bien moins célèbre que les autres mais il reste cher au cœur des Etretatais car il est le premier à être tombé amoureux du village qui n’était pas encore une station balnéaire. C’est lui qui l’a mis à la mode, et d’ailleurs une rue d’Etretat porte son nom. Mais revenons à notre soirée lecture.
Histoire de Rose et Jean Duchemin : un témoignage quasi ethnographique
La première histoire nous entraîne dans le quotidien d’autrefois avec Histoire de Rose et Jean Duchemin. Ici, pas d’intrigue haletante : Rose, femme de pêcheur, livre à la première personne la chronique brute de sa vie ponctuée d’épreuves, de malheurs… et de quinze enfants ! Ce texte-document, presque ethnographique, capte apparemment sans artifice (sans doute pas assez…) la réalité rude des anciennes familles de pêcheurs du littoral normand. Il résonnera avec celles et ceux qui aiment ressentir l’âme des lieux via la mémoire de leurs habitants, mais cette litanie de disettes et d’accouchements peut ennuyer.
Romain d’Étretat : une nouvelle pittoresque et touchante
Le vrai plaisir est dans la seconde nouvelle, Romain d’Étretat. Là, place au romanesque et à des personnages vraiment touchants : Romain, pêcheur un peu naïf et tendre, affronte les épreuves d’un amour inconstant. On pense à Daudet dans L’Arlésienne : tout y est, la fatalité qui rôde, le pittoresque, l’émotion retenue. Etretat est un personnage à part entière et Karr offre de jolies descriptions des galets, des considérations sur le cidre (qui n’enivre que les Normands, paraît-il), et des digressions sur la pêche au maquereau…
Alors, pourquoi ne pas profiter du séjour pour plonger dans cette courte histoire ? Prendre le temps d’un bon goûter, laisser la nuit tomber sur les falaises, et voyager dans le temps en restant bien au chaud, avec Romain et Bérénice d’Etretat.
Pour nos hôtes et visiteurs amoureux de la région, ce petit classique local est disponible à la Clozette. Histoire d’emmener un peu d’Étretat dans vos rêves, même après la dernière lampe éteinte. Et de comprendre pourquoi la pizzeria qu’on vous recommande s’appelle… « Le Romain d’Etretat ».
Bonne lecture !
Quelques extraits choisis
Les galets d’Etretat
« Le galet d’Étretat ne ressemble pas à celui qu’on rencontre le plus souvent au bord de la mer. Ainsi, sur les plages du Havre, par exemple, […] le galet présente aux yeux et, qui pis est, aux pieds, des cailloux de toutes formes, hérissés d’aspérités et de pointes. À Étretat, au contraire, [...] ce sont les mêmes pierres, toujours roulées, toujours sassées, ressassées, usées, polies, qui forment le bassin, de sorte qu’elles sont presque toutes ou rondes ou en forme d’œufs ; on y trouve souvent des sortes d’agates d’une belle couleur. »
A propos de la pénurie de harengs que les pêcheurs expliquent par l’exil de Napoléon :-)
« Comme le savent tous les pêcheurs, la pêche du hareng manque tous les ans depuis la déchéance de l’empereur Napoléon ; ce n’est maintenant que par petites colonnes qu’ils passent sur nos côtes. Les vieux pêcheurs normands racontent avec enthousiasme que, sous le règne de Napoléon, on ne se donnait pas toujours la peine de tendre les appelets ; […]
— Ah ! ajoutent-ils, quand nous revenions le matin au soleil levant, nos paletots étaient couverts d’écailles de hareng, véritables pièces de dix sous [...]
Il est impossible de leur faire admettre à ce changement de route des harengs d’autre raison que l’exil de l’empereur. »
Et que dire de l’amour de Romain ?
« Cependant Romain, que plusieurs pêcheurs d’Étretat ont parfaitement connu, plus audacieux et plus aventureux que ses compagnons, trouvait toujours moyen de faire bonne pêche : il lui eût été si pénible de voir Bérénice supporter la moindre privation. Plusieurs fois il s’exposa à une mort presque certaine en sortant seul, par un gros temps, parce que Bérénice désirait un bonnet neuf. »