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Arts et littérature

Quand Arsène Lupin passe par la bibliothèque du Clos Delamare

Une visite guidée d’Étretat centrée sur ses falaises, ses tunnels secrets et ses mystères lupiniens nous a donné envie cet été de replonger dans l’univers du gentleman-cambrioleur. Premier réflexe : rouvrir Code Lupin de Michel Bussi… mais la déception fut au rendez-vous. Une intrigue artificielle, des personnages peu convaincants : bref, Arsène Lupin mérite mieux. Ce roman restera pour l’instant dans la bibliothèque aux polars de la Moussette, mais nous ne le recommanderons pas à nos hôtes.

Heureusement, une belle surprise nous attendait ailleurs : les trois tomes de L’Aiguille creuse adaptée en manga par Takashi Morita, sur les conseils éclairés de Patrick Gueulle, de l’AAAL (Association des Amis d'Arsène Lupin).


Un Lupin au look d’Albator

Avouons-le, le pari était risqué et on était plutôt dubitatif. Comment marier l’univers très français et très « Belle Époque » de Maurice Leblanc avec l’esthétique des mangas japonais ?

Pour Isidore Beautrelet, l’affaire semblait entendue : sa jeunesse, son obstination, son intelligence correspondent aux codes du manga. En revanche, le personnage d’Arsène Lupin consituait un défi de taille. Comment transposer au manga son élégance, sa duplicité, son côté parfois fanfaron et son charisme ? Eh bien, Morita a trouvé la réponse. Lupin prend des allures de héros d’animé — on lui a trouvé un petit air d’Albator, ce pirate de l’espace de notre enfance (cela en dit long sur notre âge canonique😊). La modernité du manga sert parfaitement ce gentleman-cambrioleur, entre panache, et ironie.

Et le résultat est d’autant plus convaincant que L’Aiguille creuse est sans doute le roman le plus emblématique de Maurice Leblanc.


Oui, L’Aiguille creuse est le roman lupinien par excellence, qui associe énigmes, géographie, histoire, rebondissements et révélations spectaculaires. L’adaptation de Morita parvient à restituer tout cela avec une fidélité remarquable, tout en offrant un regard neuf.

Ce respect tient en grande partie au soin du détail. Les costumes, les décors, les objets : tout est documenté avec précision. On sent le travail minutieux de l’auteur et de son équipe, qui ont multiplié les recherches pour recréer fidèlement la France du début du XXe siècle. Et nos falaises normandes y sont dessinées avec une acuité qui touche directement les amoureux de la côte que nous sommes.


Quand l’auteur dialogue avec ses lecteurs

Mais ce qui distingue vraiment cette adaptation, ce sont les commentaires insérés par l’auteur lui-même. Régulièrement, Morita interrompt l’action pour expliquer un contexte, pointer une différence culturelle entre le Japon et la France, ou raconter comment il a choisi de dessiner telle scène. Loin de casser le rythme, ces pauses nous plongent encore plus profondément dans l’aventure. Elles permettent de respirer et apportent des informations qui pourraient alourdir le récit et le dessin ailleurs. C’est vraiment bien vu. Et elles créent une vraie connivence avec ce créateur amoureux de Lupin.


À la Moussette et bientôt à la Clozette

Ces trois tomes sont désormais disponibles dans la bibliothèque de la Moussette, et arriveront bientôt à la Clozette, aux côtés du roman de Maurice Leblanc et de la BD de Félix et Minerbe.

Une belle occasion, pour nos hôtes, de (re)découvrir Lupin sous un angle inattendu, dans une adaptation qui conjugue fidélité, créativité et pédagogie. Si vous projetez de découvrir Étretat sur les pas du gentleman-cambrioleur, pourquoi ne pas prolonger l’aventure le soir, confortablement installés dans nos gîtes, en vous plongeant dans ces mangas ?


Et si on veut prolonger ce dialogue culturel entre Japon et Normandie, on peut aller visiter le jardin japonais du Havre, une petite merveille d’orient au cœur du premier port de conteneurs de France…